Culture

Il y a bien trop de films à Locarno!

Par PASCAL GAVILLET le 13.08.2010 à 00:00

Impossible de tout voir. Olivier Père n’a pas su endiguer l’inflation.

A deux jours de la fin du festival, tenter de faire un premier bilan est hardi mais possible. On a déjà pu constater la radicalité novatrice, dans le bon sens du terme, de la compétition ( lire à ce sujet notre édition d’hier ). Les derniers films qui doivent être projetés devraient confirmer cette tendance. A commencer par ce qui s’annonce comme le plus gros morceau du concours, le documentaire monstre de Xu Xin, Karamay, qui ne dure pas moins de six heures.

Omerta chinoise

Son sujet? Une tragédie qui a frappé une ville du nord de la Chine en 1994. Plus de 300?personnes, dont 288 enfants, ont péri dans l’incendie d’un théâtre lors d’une soirée officielle. Mais tous les officiels, justement, avaient pu être sauvés, car on les avait fait sortir en premier. Censurée dans tous les médias du pays, l’affaire reste aujourd’hui passée sous silence et les familles n’ont pas le droit de pleurer publiquement leurs enfants. Tel est donc le sujet de Karamay, qui ne sera dévoilé à Locarno que vendredi après-midi.

Rire sur un thème grave

Pour ce qui est de la Piazza Grande, on peut constater que l’éclectisme le plus total est de rigueur. Chaque soirée réserve son lot de surprises, son parterre de vedettes (Benoît Magimel, John C. Reilly, Chiara Mastroianni il y a quelques jours), voire son lot d’hommages (Alain Tanner, Jia Zhangke).

On peut juger de ce panachage à l’aune des trois soirées qui viennent de s’écouler. Un grand film d’auteur mardi, The Human Resources Manager d’Eran Riklis. Un film d’animation de Garri Bardine, The Ugly Ducking, en première mondiale mercredi. Et un petit film fantastique anglais jeudi soir, Monsters de Gareth Edwards.

On s’en souvient, Olivier Père avait réussi à décrocher in extremis le film d’Eran Riklis pour Locarno. L’auteur israélien surprend une fois de plus en réussissant à faire rire sur un sujet grave, pour ne pas dire dramatique. Tout démarre en effet par le décès d’une ouvrière dans un attentat suicide. The Human Resources Manager évite ainsi la démonstration comme le symbolisme, et Riklis lui insuffle cette liberté salutaire, qui permet ici au cinéma de passer par-dessus le discours. Un film très apprécié, en tout cas, par le public.

Un canard pour enfants

Le cas de Garri Bardine est sensiblement différent. Le cinéaste s’adressant en priorité aux enfants. Dans The Ugly Ducking – Le vilain petit canard, d’après Andersen –, le Russe travaille comme toujours avec les marionnettes et la pâte à modeler. Il utilise comme souvent les motifs de la comédie musicale (sur des musiques de Tchaïkovsky) dans son intrigue. Moins délirant que Le Loup gris et le Petit Chaperon rouge (1990), qui demeure son chef-d’œuvre, ce dernier film n’en cultive pas moins un certain sens de la subversion. Une critique à peine nuancée du communisme pointe sous certains ballets musicaux, qui se répètent ici comme une litanie.

Et Monsters? C’est le parfait exemple du premier film bricolé avec épate. Une petite production horrifique avec effets hors-champ, scénario bâclé, tension jouissive et sens du suspense. Bref, le genre de long-métrage carte de visite qui peut parfois séduire les grands studios hollywoodiens. Gareth Edwards a peut-être conçu cette histoire rocambolesque de virus extraterrestre pour cela. Un peu tiré par les cheveux, mais plaisant.

Le trop-plein

Tout cela serait évidemment incomplet sans les sections parallèles. Le nouveau directeur artistique avait prévenu. «Le nombre de films diminuera cette année à Locarno.» On ne l’a guère senti, tant les projections ont proliféré partout. L’impression de trop-plein a sans cesse dominé. La section compétitive Cinéastes du présent en fait les frais, dans la mesure où il est impossible de la suivre en même temps que la compétition officielle.

Dans tout ce foisonnement, incluant les Léopards de demain, les programmes spéciaux, la Semaine de la critique, la section Open Doors, les Appellations suisses et la sublime rétrospective Ernst Lubitsch ( lire nos éditions d’hier ) parviennent à cohabiter sans que nous puissions parler de tout.

C’est la même chose à Cannes, Berlin ou Venise. Les médias ne commentent que la partie immergée de l’iceberg. Le palmarès du festival sera connu ce week-end. Nous y reviendrons lundi.

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