La musique adoucit, dit-on, les mœurs. Certains concerts de rock doivent donc faire exception. La musique stimule les achats. Nous le vérifions tous les jours dans les grandes surfaces. La musique accroît la production animale et même végétale. Jouer un compositeur, si possible classique, fait monter le lait aux vaches, pondre les poules plus vite et croître les plantes vertes en accéléré.
Je précise bien qu’il s’agit de musique traditionnelle et symphonique. Mais la chose va après tout de soi. Sa tonalité offre quelque chose d’apaisant. Vous imaginez une vache écoutant du swing ou du rock? Cela donnerait pourtant ce qu’on appelle aujourd’hui un «milk-shake». Notez qu’en poussant les choses à l’extrême, on obtiendrait peut-être du beurre tout de suite.
Eaux plus claires
Puisque nous en somme aux mots féminins (vache, poule, plante…), qu’en est-il des bactéries? Eh bien, il semble que ça marche aussi. Une station d’épuration, située à Treuenbrietzen, à 70?kilomètres de Berlin, propose ainsi du Mozart à ces toutes petites bêtes. Du Mozart en boucle. Elles n’ont pas encore droit à tous les numéros répertoriés par Köchel, mais cela viendra sans doute.
Que se passe-t-il alors? Les bactéries travaillent davantage. Elles digèrent du coup mieux les eaux usées. L’eau redevient plus claire, sans dégager trop de boues. L’écoute se révèle certainement profitable à leur culture. Mais la chose l’est aussi à la culture, au sens le plus agricole du terme. «Moins nous produisons de boues, moins nous devons verser d’argent aux paysans afin qu’ils les épandent sur leurs champs, dit-on du côté de Treuenbrietzen.» Et si un sou est un sou, il faut bien penser aux euros qui restent…
Un gain d’environ 14 pour-cent
Et qu’est-ce que cela donne, sur le plan économique? «Au bout d’un an, nous nous sommes retrouvés avec 6000?mètres cubes de déchets au lieu de 7000. La chose nous fait économiser dans les 10?000?euros.»
Reste bien sûr à donner l’explication scientifique. Il y a, de nos jours, toujours quelqu’un en blouse blanche pour dire aux gens le comment du pourquoi. Eh bien, là, tintin! Personne n’est parvenu à trouver de cheminement logique. Il n’existe aucun lien entre Mozart et des bactéries, même germaniques. On sait en effet qu’Allemands et Autrichiens demeurent plus sensibles à la musique classique que nous.
Pas trop dommage?
Dernière question, à laquelle il semble plus aisé de répondre. Pourquoi Mozart, et non pas Bach ou Schönberg? Pas de réponse non plus. Une popularité persistante sans nul doute. Et puis, le compositeur n’est pas trop «dommage». C’est toujours Mozart qu’on assassine.