C’est le fruit d’une rencontre. Celle de la plasticienne photographe genevoise Christiane Grimm et du professeur de l’Ecole polytechnique fédérale de
Lausanne Libero Zuppiroli. Leur amour commun: la lumière. De cette union, renforcée par la théoricienne française Marie-Noëlle Bussac, naît, en 2002, le Traité des couleurs . Aujourd’hui, vient de paraître son frère, le Traité de la lumière . Un livre essentiel, un ouvrage de référence que l’on doit, comme son jumeau, posséder dans sa bibliothèque.
Mais contrairement à certains classiques, qui prennent la poussière sur les étagères, le Traité de la lumière a une existence à plusieurs niveaux. On peut simplement le feuilleter pour le plaisir de parcourir un bel ouvrage dont émane la qualité de la mise en page, du texte et des illustrations. On peut pousser la curiosité à regarder les images et lire les légendes. On peut encore lire la première partie (les quatre cinquièmes du livre), une prose limpide et pourtant très nourrissante. Enfin, les plus scientifiques se plongeront dans L’impact des équations. Un impact déjà très typographique…
Rencontre de deux mondes
«Avec Libero Zuppiroli, c’est la même énergie qui fait que l’on crée. Les mêmes questions auxquelles il faut répondre: pourquoi le ciel est bleu?
Pourquoi les ombres sont multiples? Le scientifique essaie de donner des explications, il rationalise, il émet des hypothèses. L’artiste propose une interprétation de ces questions, avec des émotions, de manière subjective. Deux mondes se rencontrent: le rationnel et l’irrationnel.» L’artiste nous ouvre les yeux, le scientifique nous explique les phénomènes, en excellent pédagogue.
Le côté scientifique est ainsi complété par une dimension plus sensuelle, plus poétique. «Je ne fais pas de photo scientifique. Je ne photographie pas un laboratoire pour le mettre dans une galerie, précise Christiane Grimm. En revanche, je m’imprègne de la science, de l’expérience, de la théorie, je suis détournée par les idées de la science; puis je reviens à mon travail, habitée par cela.»
Comme son thème, le livre traverse les époques. «On sera sans doute frappés par la plus grande variété des sujets qui intéressent la lumière
aujourd’hui – astrophysique, télécommunications, diagnostics biomédicaux, nanosciences, piégeage optique, vision et comportement des insectes, (…) etc. Aucun de ces sujets n’aurait été traité dans un ouvrage ancien ni même dans ceux qui paraissent à la fin du XXe siècle», écrivent les auteurs.
Contemporain, le Traité de la lumière l’est dans le texte comme dans l’image. Loin de donner un côté décati, les illustrations en noir et blanc éclatent de toutes leurs nuances, tant de contrastes qui soulignent la puissance de la lumière. «La lumière est moins séduisante que la couleur, mais elle est plus intéressante», précise la photographe. Les objets portent un message: «L’utilisation d’une bouteille en Pet reflète par exemple ma préoccupation pour les déchets.»
On se sent bien dans les images, souvent apaisantes, familières. Et pour cause: «J’ai volontairement pris des photos près de chez moi», justifie la Genevoise. La proximité est toutefois généreuse, elle inclut par exemple la gare de Milan, l’Institut du monde arabe à Paris ou l’église de Ronchamp signée par Le Corbusier.
Le Traité de la lumière est pour ses trois auteurs l’achèvement de six ans de travail, «beaucoup de don de soi, une passion», résume la photographe. Le résultat est comme une naissance: un éblouissement.
Traité de la lumière, Libero Zuppiroli, Marie-Noëlle Bussac, photographies de Christiane Grimm, Presses polytechniques et universitaires romandes, 481 pages.
«L’autre est précieux car il ne me ressemble pas»
Née à Bâle en 1952, Christiane Grimm vit et travaille à Genève. Le thème de la lumière et de ses couleurs est au cœur de sa recherche artistique.
Que vous apporte de collaborer avec un scientifique?
La collaboration est une force. L’autre est précieux car s’il ne me ressemble pas, il me permet de sortir de moi-même, de mes répétitions, de mes obsessions. Sans Libero Zuppiroli, je n’aurais pas produit certaines œuvres qui sont pourtant très personnelles. Elles révèlent ce que j’ignorais et prouvent ainsi qu’il y a un enrichissement.
Comment travaillez-vous?
Je suis anarchique dans mon travail, je n’ai pas de technique, c’est l’accident, l’aspect fortuit de la première fois, la rencontre avec le sujet, qui fait que je poursuis. Toute seule, je ne suis pas grand-chose, c’est la rencontre qui fait que mon travail peut avoir une identité.
Pourquoi cette attirance pour la lumière?
J’ai toujours été intéressée par la lumière. J’avais d’abord l’idée de faire un film sur la lumière et puis j’ai entendu parler de Libero Zuppiroli. La lumière, c’est la vie, l’énergie, ce qui permet de voir, de regarder, une source de chaleur, elle a un côté jubilatoire. Et puis la lumière, c’est aussi le noir.
AMB
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