La porte est ouverte, ou du moins entrouverte. Même si la sécurité constitue un thème préoccupant Fabrice Gygi, commissaire de l’exposition «Rathania’s», les habituels gardes restent absents. Il faut dire que leur présence semble proportionnelle aux primes d’assurance. Or les 296 artistes genevois invités ne représentent pas, même pris ensemble, une grande valeur vénale.
Tout se révèle parfaitement organisé. Pris entre deux portes vitrées, un gardien distribue les badges aux arrivants. Les artistes débarquent avec leur barda à la main. Comme chacun d’eux ne dispose que d’un casier d’un mètre sur un mètre, tout tient généralement dans deux sacs Migros (ou Coop, c’est selon). «Chacun d’eux a en principe une heure pour son montage», explique Fabrice Gygi. «Mais s’il faut quelques minutes de plus, nous fermons évidemment les yeux.»
Structure métallique
Lundi 12 septembre, premier jour du montage, l’infrastructure restait presque seule en place. Vue nue, dans les salles du rez-de-chaussée comme du sous-sol, elle se présente comme du Gygi pur jus. Les murs sont laissés vides. Les casiers, sur plusieurs rangées occupent le centre des espaces. Il s’agit d’étagères métalliques doubles (il y a bien sûr deux côtés!), séparées par une plaque ponctuée de trous. «Du matériel tout à fait ordinaire s’exécutant sur commande», précise le commissaire, la pipe à la main. «Seuls les trous sont percés spécialement pour nous.»
Pour l’instant, seule la première salle se remplit. Peu à peu. Ceux qui ont obtenu une place (rappelons qu’il n’y avait pas de sélection) s’annoncent à ce qui ressemble à un «desk» d’hôtel. Tout est noté par quelques dames. Chacun a reçu son emplacement et son ordre de marche. «Comme il n’y a pas de thème, l’ordre n’avait au départ aucune importance.» Oui et non… L’observateur note qu’il y a déjà quatre fois un panneau vert marqué des mots «It’s not easy to be green». Réponse: «Il y avait une place par artiste. Les membres de collectifs ont ainsi gagné du terrain.»
Peu d’exclus
La mise en place, progressive, durera encore quelques jours. Le vernissage (qu’il faut s’attendre à voir surpeuplé) se déroulera le 21 septembre, l’exposition étant ouverte au public «normal» dès le lendemain. Aucune crainte pour la sortie d’un catalogue. «Il n’y en aura pas.» Les œuvres seront-elles à vendre? «On n’y a pas pensé.»
Vu la technique adoptée, les premiers inscrits étant acceptés, y a-t-il eu beaucoup de gens rejetés? Pas tant que ça. «Mais tout l’espace était distribué le premier jour. Nous avons, le cas échéant, une liste d’attente.» Reste que les visiteurs eux aussi disposeront d’un casier, au vestiaire. Pas question pour eux d’y laisser une œuvre. Il faut s’affirmer artiste pour participer. «Mais c’est vrai qu’on aurait pu en faire notre Salon des Refusés.» Et Fabrice Gygi, toujours la pipe à la main (il ira l’allumer sous le portique) part d’un grand rire. «Rathaniah’s», titre adopté dès le départ, tient AUSSI de la plaisanterie. Dans «plaisanterie», il y a l’adjectif «plaisant».
Pratique
«Rathaniah’s», Musée Rath, Place Neuve, Genève, vernissage le 21 septembre dès 18h, exposition du 22 septembre au 23 octobre. Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, le mercredi de 10h à 20h. Tél. 022?418?33?40, site www.ville-geneve.ch/mah