Bon anniversaire Art Basel! La presque doyenne des foires de l’art (seule Cologne l’a devancée de peu) fête sa 40e?édition. Anniversaire de crise et de déprime? Pas question de faire grise mine, Bâle reste Bâle. Mais «personne n’est épargné», reconnaît Marc Spiegler, qui en tient les rênes avec Annette Schönholzer depuis 2008.
Les spécialistes avancent pour l’art moderne un tassement de 10% et de 20 à 30% pour le contemporain. A Art Basel, on considère les prix plus abordables que jamais depuis sept?ans. Vous voulez savoir si les galeries souffrent et comment elles survivent? Oubliez! Dans une foire aussi sélecte, prisée et triée sur le volet, pas question de pleurnicher.
Haro sur les spéculateurs et les nouveaux riches!
On vous dira, la bouche en cœur, qu’une conjoncture tendue permet d’assainir le marché et de revenir aux vraies valeurs (finis les effets de mode, de décoration et de bling-bling à plusieurs millions) et aux vrais collectionneurs, aux dépens des spéculateurs et nouveaux riches qui collectionnent parce que c’est tendance… Aujourd’hui, assure Tzila Krugier, de la galerie du même nom à Genève, «quand la qualité y est, cela prend un peu plus de temps, mais on vend».
Ce qui est sûr, c’est qu’à Art Basel, la crise n’est pas visible à l’œil nu. Sur la Messeplatz flotte toujours la bannière de la foire avec le nom de son sponsor principal, UBS, qui a déjà signé pour 2010 et assure vouloir continuer d’apporter son soutien dans les années suivantes.
Juste à côté, ironique et incontournable, la croix noire géante du Valaisan Valentin Carron désigne le… lieu de culte. Quant à savoir si elle apporte sa bénédiction aux marchands du temple ou si elle s’apprête à crucifier le marché, l’interprétation est laissée au libre choix des visiteurs!
Art moderne et contemporain
Dans la grande halle d’Art Unlimited, les œuvres sont tout aussi nombreuses et monumentales que d’habitude, même si la qualité de l’ensemble paraît plutôt moyenne cette année. Et à l’intérieur, on retrouve le haut niveau de qualité des œuvres (beaucoup de belles pièces mais aussi beaucoup de redites et variations) et le mélange d’art moderne et contemporain qui font le label et la spécificité de Bâle.
Pourtant, à y regarder de plus près, on constate que vidéo et installations (plus difficiles à vendre) y sont en recul tandis que la peinture revient en force, et que même la multinationale Gagosian, qui réclamait toujours de l’art «très, très nouveau», a inclus dans son stand les classiques Giacometti et Balthus. La galerie Beyeler? Cela fait plusieurs années qu’elle n’est plus à la foire. Survivra-t-elle à son fondateur, qui est aussi l’un de ceux d’Art Basel? Probablement pas.
C’est sa fondation – présente à la messe à la manière d’une superbe vitrine – qui perpétuera son nom, sa passion et sa vision de l’art moderne.
Bâle, jusqu’au 14 juin (11-19h). Rens.: 058?200?20?20. Prix d’entrée: 20?fr. (tarif plein) www.artbasel.com
La Foire aux chiffres
Nombre de galeries: 300 (sur 1100 candidates) de 33 pays: 75 américaines, 56 allemandes, 33 suisses, 4 respectivement de Chine, Brésil et Pologne…
Nombre d’artistes: 2500
Prix au m2 pour les exposants: 570fr. (soit dans la moyenne supérieure du genre)
Nombre de visiteurs annuels: 60 000 (Arco, la foire de Madrid, en fait 200 000. Mais Bâle assure attirer le gratin).
Prix des œuvres: de 500?fr. à plus de 100?000?fr. Mais plus de 50% des œuvres coûtent moins de 8000fr.
L’œuvre la plus chère: 74 millions de dollars. Il s’agit de «Big Retrospective Painting» de Warhol (11?m de long), l’unique œuvre en vente chez Bischoberger de Zurich.
Artistes les plus représentés: Warhol dans 31 galeries, Picasso et Sol Le Witt dans 23, Dubuffet et Miro dans 16, Calder et Don Judd dans 15.