L’année théâtrale genevoise s’achève sur une série de secousses. Si toutes ne relèvent pas du séisme, elles annoncent d’importants changements dans le paysage culturel local. A ce titre, 2010 sera sans doute une année charnière, qui déterminera l’aspect de ce paysage.?
Ainsi, dès la rentrée prochaine, Anne Bruschweiler devra assurer la difficile succession de Mathieu Menghini à la tête du Théâtre Forum Meyrin. «Difficile» parce que le jeune directeur avait su concilier exigence et divertissement avec une rare sagacité et une foisonnante culture. Avec son maladroit volet «censure morale», la déclaration d’intention de la prochaine directrice est par ailleurs apparue comme contraire aux principes d’un théâtre critique et novateur. On attendra bien évidemment de pouvoir juger sur pièces…
Fin d’un règne
Pour Anne Bisang, en revanche, c’est la fin d’un règne de douze ans. La directrice de la Comédie aurait aimé prolonger jusqu’en 2013 un mandat qui s’achèvera comme prévu en 2011. Elle entendait ainsi établir la transition entre l’ancienne et la Nouvelle Comédie, un projet dans lequel elle s’est beaucoup investie. L’argument n’a toutefois pas convaincu son organe de tutelle, la Fondation d’art dramatique (FAD). Laquelle met d’ores et déjà au concours le poste tant convoité. On murmura ici et là que la FAD ne verrait pas d’un mauvais œil une candidature d’Omar Porras. Dans les départs, notons aussi celui, annoncé cet été, de Dominique Catton. Le créateur du Théâtre Am Stram Gram dirigera encore deux saisons avant de passer le témoin.
Arrangements
Côté séisme, il y a bien sûr l’affaire du Poche. Où l’on découvre que Françoise Courvoisier pratiquait des petits arrangements sur les contrats des travailleurs du spectacle. Vrai scandale ou secret de Polichinelle? On reviendra sur le sujet. La FAD, qui chapeaute également Le Poche, a toutefois confirmé Françoise Courvoisier à la direction artistique du théâtre tout en lui conseillant de s’écarter de sa gestion. Du coup, on ne peut pas dire que les relations sont au mieux entre la fondation et les directrices des deux théâtres (Comédie et Poche). Anne Biang parle notamment d’un «manque de dialogue». Affaire à suivre donc.
Enfin, 2010 «devrait confirmer les effets de la crise économique dans le domaine culturel». Le Grütli, codirigé par Maya Boesch et Michèle Pralong, a dû opter pour une programmation réduite, en proposant notamment des petites formes et des événements ponctuels dans la White Box.
Les deux gagnants de l’année
D’autres salles seront sans doute poussées à revoir leurs ambitions à la baisse. Quant aux compagnies, elles risquent de devoir renoncer à certains projets, faute de financement adéquat. Dans ce climat morose, deux hommes peuvent toutefois se réjouir: Gabriel Alvarez, le directeur du Galpon, qui devrait enfin disposer d’une salle de représentation après son déménagement du site d’Artamis. Et Philippe Macasdar, qui voit son mandat à la tête de Saint-Gervais prolongé jusqu’en 2012.