Cette fois-ci, c’est vraiment terminé. Miné par l’arthrite, Alfred Brendel a donné mercredi et jeudi ses deux derniers concerts à Vienne. Le grand pianiste a joué le Concerto No 9 de Mozart, paradoxalement sous-titré Jeune homme. Le retour aux sources, en quelque sorte.
A 77 ans, l’artiste doit ainsi quitter la scène. Depuis des années, il lui avait déjà fallu renoncer aux œuvres «gargantuesques» du répertoire. Fini le Hammerklavier de Beethoven! Plus question de Sonate en Si mineur de Liszt! L’homme apparaissait si courbé sur scène que sa démarche faisait croire à ses fans qu’il filait penché en avant.
Une lente montée
La carrière de l’homme, né dans l’actuelle République tchèque en 1931, aura duré exactement soixante ans. Brendel ne fait pas partie des ex-enfants prodiges. Sa réputation se sera construite pianissimo. «Durant ma jeunesse, ma réputation n’avait rien de sensationnel.» Selon l’intéressé, le succès lui est «tombé dessus» en 1971, alors qu’il avait déjà 40 ans. Après un récital Beethoven à Londres, trois grandes sociétés discographiques lui ont offert un contrat.
Maintenant, écrire
L’homme aura ainsi accédé au tout petit club des stars du piano classique. Après la mort de Sviatoslav Richter ou de Rudolf Serkin en restent aujourd’hui membres Aldo Ciccolini, Maurizio Pollini et, bien sûr, la grande Martha Argerich. Parmi les plus jeunes, il compte András Schiff ou Christian Zacharias. La relève existe, bien sûr! Pour beaucoup de mélomanes, les noms d’avenir cités sont ainsi Lang Lang ou Evgeny Kissin.
Brendel affirme bien haut ne pas craindre la retraite. «Après une pause de quelques mois, je participerai à des séances de lecture et à des séminaires. J’écrirai aussi. Je suis d’ailleurs toujours en train d’écrire quelque chose.»