Sa voix est douce, son débit clair, ses idées généreuses. Le pianiste Alexandre Tharaud, qui joue ce soir au Victoria Hall pour la première fois, était déjà venu à Genève au Conservatoire en formation de chambre et dans une intégrale Ravel.
Le voilà qui revient «en grand», avec Scarlatti et Chopin au bout des doigts. Et sa douceur, sa clarté et sa générosité retrouveront naturellement au clavier toute leur évidence. Celle qui en fait aujourd’hui l’un des interprètes les plus appréciés et les plus attachants de sa génération.
Composer, diriger et jouer du cor…
A 41?ans, penché sur les touches noires et blanches du «plus facile des instruments» depuis l’âge de 5?ans, le musicien se voyait plutôt compositeur ou chef d’orchestre et aurait aimé jouer du cor. Parce que «sa sonorité est bouleversante et l’intensité émotionnelle que provoquent ses vibrations engage tout le corps».
Pourtant, s’il est un interprète que l’on imagine mal ailleurs que devant son grand confident noir, c’est bien lui. Alexandre Tharaud entretient en effet avec son instrument un rapport si intense qu’il a «abandonné» son Bösendorfer de concert il y a dix ans pour ne jouer que sur les pianos d’amis ou de salles dont il a les clés.
Devenu SPF (sans piano fixe) par «nécessité de retrouver la gourmandise des retrouvailles», il est en souci permanent de «chercher toujours plus loin, creuser et travailler les difficultés sur des instruments différents pour être à l’aise au concert».
Son conseil à ses collègues: «Séparez-vous, explorez, enrichissez-vous d’autres aventures. Tout paraît plus simple et naturel après.» Un rituel qui aurait achevé Arturo Benedetti Michelangeli! «Je n’ai pas les moyens d’amener comme lui mon piano personnel partout avec moi…»
Univers baroque
C’est donc sur le piano du Victoria Hall qu’il vient jouer Scarlatti, dont il aime «la folie, le feu solaire, la légèreté». Chopin, pour lui, partage la même «science de l’ornementation, la recherche du beau son et le rapport intime au public».
Une façon de soulever les parentés dans la différence des expressions et des époques. Avec comme source commune l’univers baroque qui rejaillit partout où la codification est source de liberté. A ces deux déracinés, Alexandre Tharaud offrira donc une même terre, riche et raffinée.
Victoria Hall, ce soir à 20h30. Série «Alternatives classiques». Rens. et location: 0800?418?44?18,www.bielletnet.ch " target="_blank"> www.bielletnet.ch