Un incroyable sourire, une volubilité qui ne se démentait jamais et un amour du cinéma qui transparaissait aussi bien dans ses discours que dans ses différents films, y compris les moins marquants. C’est ce souvenir qu’on gardera d’Alain Corneau à travers les interviews qu’il nous avait accordées, toujours prêt à défendre ses films avec l’ardeur du débutant. Alain Corneau avait 67?ans et il est décédé dans la nuit de dimanche à lundi d’un cancer des poumons.
Trop jeune, bien sûr. Et d’autant plus douloureux que rien ne l’annonçait: son dernier film, Crime d’amour, est toujours à l’affiche. Il est sorti le 18?août et nous lui avions consacré deux tiers de page, soulignant le retour à cet univers noir qui caractérisait le Corneau des débuts.
Né le 7?août?1943 à Meung-sur-Loire, Alain Corneau étudie le cinéma, mais son cœur bat pour le jazz. Pourtant, le septième art l’emporte. D’abord assistant pour d’autres réalisateurs – Costa-Gavras avec L’aveu – il passe à la mise en scène en 1973 avec France société anonyme. Mais ce sont ses influences et son goût pour le polar, essentiellement américain, celui-là même qui a forgé sa cinéphilie, qui vont s’avérer déterminantes.
Sept Césars pour un succès
En 1976, Alain Corneau signe Police Python 357, polar très musclé et codé, avec Yves Montand et Simone Signoret. Une entrée fracassante qui séduit le public et prouve surtout que le genre possède toujours des lettres de noblesse en France. Police Python 357 est considéré comme le premier volet d’une trilogie suivie par La menace (1977) et Le choix des armes (1981), tous deux également avec Montand. Dans l’intervalle, Série noire (1979) montre un Patrick Dewaere génial et totalement inédit. Le comédien déclarera souvent qu’il s’agissait là de son meilleur rôle. Changement de cap en 1984 avec Fort Saganne, fresque qui était en son temps le plus gros budget de l’histoire du cinéma français. Suivront deux films plus intimistes qui ne rencontreront pas leur public: Le môme (1986) et Nocturne indien (1987).
Corneau, sans se remettre en question, prend alors une nouvelle direction et signe en 1991 Tous les matins du monde, d’après Pascal Quignard. Contre toute attente, cette biographie romancée de Marin Marais, violiste du XVII-XVIIIe siècle, remporte un énorme succès et sept Césars. Pourtant, Corneau reviendra à ses premières amours sans surfer sur cet effet de mode. Et, après l’échec du Nouveau monde (1995), évocation de sa jeunesse et de son amour du jazz, il signe un nouveau polar, Le cousin (1997). Très réussi, très noir. Au point que les quatre titres qui suivent dans sa filmographie paraissent bien ternes. Notamment son remake d’un classique de Melville, Le deuxième souffle (2007), sans souffle pour le coup. Avec Crime d’amour, il renouait en somme avec le genre de ses débuts. Ce long-métrage sera malheureusement son ultime film. Alain Corneau était le compagnon de la cinéaste Nadine Trintignant.