CINÉMA

La 3D anime «Alice au pays des merveilles»

Par PASCAL GAVILLET le 17.03.2010 à 00:00

Loin d’apporter quelque chose au film de Tim Burton, la 3D le dessert.

Récit pour enfants ou conte surréaliste pour adultes? Le plus célèbre des textes de Lewis Carroll a constamment été tiraillé entre deux genres, quitte à glisser de l’un à l’autre au fil des époques. Au cinéma, l’aspect enfantin l’a toujours emporté. Alice au pays des merveilles conserve, pour plusieurs générations, le visage lisse de l’héroïne du dessin animé de Disney de 1951, qui reste la plus connue de ses adaptations. Tim Burton semblait le cinéaste idéal pour présenter une autre lecture du fameux conte. Ce ne sera pas le cas.

Pour sa septième collaboration avec Johnny Depp, ici dans le rôle du Chapelier fou, il paraît même moins inspiré. Comme freiné par les passages obligés du récit. Du coup, la poésie qui peut s’en dégager fait comme Alice: elle passe à la trappe. Visuellement, le film demeure pourtant intéressant. Plutôt bariolé, avec des tendances sombres, il se divise maladroitement en deux parties. La première est très courte et se déroule avant l’arrivée d’Alice au pays des merveilles. En gros, elle ressemble à une longue séquence d’un film britannique «cup of tea». Sans réel enjeu, vu que le spectateur connaît l’histoire (en théorie).

La suite permet à Burton de donner libre cours à cette fantaisie visuelle qui déjà primait dans Charlie et la chocolaterie, avec plusieurs bonnes idées mais un déficit au niveau du rythme, qui fait que le métrage ne décolle jamais vraiment. Et surtout, innovation pour Burton, son film est en 3D. Procédé inutile, le cinéaste s’emmêlant les pinceaux avec. Pire: loin d’apporter quelque chose au film, il le dessert. Le début de la fin? Lire notre débat ci-dessous.

Pathé Balexert/Pathé Rex/Pathé Rialto (3D uniquement à Balexert)

 


 

La 3D, un plus ou un moins? Nos avis divergent…

Inutile de faire le procès de la 3D avec «Alice»!
La cause est entendue, Alice au pays des merveilles n’a strictement aucun intérêt à être vu en 3D. On voit déjà venir ceux qui jugent – c’est leur droit – que le relief au cinéma n’est qu’une marotte de producteurs qui ont trouvé un moyen de faire payer plus cher les entrées en salles. Une tocade sans avenir. Sauf qu’Alice est une mauvaise pièce à verser au dossier de l’accusation. Le film n’a pas été tourné en 3D, donc pas avec des caméras à double objectif, seule façon d’obtenir un effet de relief lors des prises de vue réelles. Il n’a surtout pas été pensé pour la 3D. Celle-ci a donc été introduite a posteriori, hâtivement, à grands coups de tripatouillages numériques de l’image, juste pour profiter d’un effet de mode. James Cameron, grand défenseur du procédé, a donc parfaitement raison de dénoncer cette manœuvre purement mercantile et contre-productive. L’auteur d’Avatar (film tourné en 3D) envisage pourtant de reprendre son Titanic pour introduire le relief après coup. Faites ce que je dis, pas ce que je fais? Pas vraiment: le réalisateur compte prendre les mois nécessaires pour parvenir au résultat souhaité. Son côté tatillon parle en sa faveur.
Jean-Charles Canet

Trois mois après «Avatar», la 3D faiblit déjà!
On a trop vite pensé que la 3D représentait l’avenir du cinéma. Mais à peine remis de ses émotions record (le box-office historique d’Avatar), le procédé montre déjà ses limites. Le dernier Tim Burton en est l’exemple parfait. La 3D y est inutile. Sans justification esthétique. Pire, elle affaiblit considérablement le film, qui en devient pénible, lourd, pour ne pas dire moche. Dans ces cas-là, les lunettes qu’on vous donne à l’entrée de la salle paraissent peser une tonne. La révolution technologique s’accompagne en somme de contraintes physiques. Autant dire que c’est l’inverse même du progrès. Avec Alice au pays des merveilles, Tim Burton ou pas, manœuvres de producteurs ou pas, la 3D prend sacrément du plomb dans l’aile. Mieux: l’affaire nous permet de réaliser à quel point le cinéma d’auteur est totalement incompatible avec elle. Et Tim Burton reste un auteur. On en vient même à imaginer son embarras lorsque la 3D lui a été imposée après coup. A se demander pourquoi il n’a pas refusé, puisque son film en devient moins bien. James Cameron, me direz-vous, est aussi un auteur! Certes. Tout porte à croire qu’il restera l’exception qui confirme la règle. La 3D c’est déjà du passé !
Pascal Gavillet

La bande annonce du film:

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