COUPE DU MONDE

Entre colère et dépit, la Suisse n’a pas tout perdu

Par Pascal Bornand, Port Elizabet, François Ruffieux. le 22.06.2010 à 00:04

Une victoire par 2 buts d’écart suffira. Sa défaite contre le Chili (0-1) n’hypothèque pas ses chances de qualification pour les 8es de finale. Très sévère, l’expulsion de Valon Behrami a faussé le match. Ottmar Hitzfeld fustige l’arbitrage. Tout se jouera vendredi soir à Bloemfontein face au Honduras.

Le stade est un théâtre. Il est aussi un tribunal qui rend justice et provoque l’injustice. Hier, dans l’enceinte du Nelson Mandela Bay, la dramaturgie d’un match âpre et poignant a tenu tout entière dans cette antinomie. L’expulsion sévère de Valon Behrami, trahi par son bras baladeur et sa hargne intempestive, a-t-elle causé la perte d’une équipe de Suisse condamnée à jouer à dix durant cinquante-neuf minutes? Longtemps, la question fera débat.

Le procès est ouvert mais la cause, comme le match, est perdue d’avance! Assis sur le banc des accusés, l’arbitre saoudien Khalil Al Ghamdi plaidera non coupable – car la loi le protège – et le roublard Arturo Vidal s’en tirera avec un prix d’interprétation au festival de la simulation. C’est donc contre le Honduras, vendredi prochain dans le frigo de Bloemfontein, et non au bureau des plaintes et des complaintes, que la Suisse devra défendre ses chances de qualification pour les huitièmes de finale. Elle tient son destin entre ses mains, c’est au moins ça de gagné…

Frei sacrifié

Quand Behrami, frappé d’incrédulité, est parti noyer sa détresse dans les vestiaires, Ottmar Hitzfeld, blême de colère, a compris que ce match déjà difficile à manœuvrer allait devenir bigrement compliqué à maîtriser. Son équipe, qui avait su laisser passer le premier orage, pouvait craindre le pire. Face aux déferlantes chiliennes, jusque-là stoppées par une double ligne Maginot et par l’intransigeance de Benaglio, à la parade sur deux salves de Vidal et Carmona (10e), il lui fallait décupler son énergie et fortifier encore plus son verrou. Elle l’a fait, froidement, en sacrifiant Frei (remplacé par Barnetta) et en jouant un nouveau remake de Morgarten.

Du vrai catenaccio

Le Chili, plutôt pugnace que flamboyant, s’est longtemps cassé les dents sur ce barrage contre lequel l’Espagne s’était déjà brisée. Du vrai catenaccio, al dente, plus costaud même que celui de l’Italie de Bearzot! Lorsque Benaglio, souverain face à Alexis Sanchez (55e), et ses coéquipiers ont battu le «record du monde d’invinci­bilité» de la grande squadra, on a même cru à un nouveau miracle, au triomphe de la défense absolue sur l’attaque à outrance.
Mais à défaut de justice, c’est peut-être bien la morale qui a régné sur cette rencontre furieuse, pleine de coups tordus et de simulacres (9 cartons jaunes et une expulsion!). Car il faut bien rendre grâce à Marcelo Bielsa et à son goût immodéré, proche de l’obsession, pour l’offensive. Sa philosophie est simple comme son football. «Pour moi, il n’y a que la victoire qui est belle. Et il n’y a qu’une façon de gagner, c’est attaquer.» Mieux que jamais, l’entraîneur de la Roja a mis ce précepte en application. Le but chilien, confectionné par ses trois remplaçants – tous des attaquants venus épauler
Sanchez et Beauséjour! – en est à la plus pure illustration. Il est aussi la récompense d’un certain art de jouer.

Mais là encore, il faut invoquer la justice, s’interroger sur son appréciation, sur sa justesse. Sur la longue ouverture de l’ex-Servettien Valdivia, Paredes n’était-il pas hors-jeu d’un pectoral au moment de lancer la charge héroïque? Impossible à certifier. Au tribunal des flagrants délits, même la vidéo est troublante d’hésitation. Une chose est sûre, Mark Gonzalez, l’attaquant du CSKA Moscou, n’a pas manqué son coup de tête fatal. Le coup de grâce.

Il aurait fallu qu’Eren Derdiyok fasse preuve du même sang-froid, seul à dix mètres devant le gardien Bravo, pour que la Suisse réussisse un nouveau hold-up. Las, à la 90e?minute l’attaquant du Bayer Leverkussen ouvrait trop son pied. C’est sûr, il s’en voudra longtemps. «Oui, c’est terrible pour moi…»

 


 

Ottmar Hitzfeld et «les arbitres de plage»

A ce journaliste qui lui demandait pourquoi il avait tout de même serré la main de l’arbitre, Ottmar Hitzfeld a lâché cette petite phrase avec un sourire crispé qui en disait long sur le fond de sa pensée: «Je suis un garçon poli.» Et comme s’il fallait dissiper le moindre doute, il a enchaîné: «Les bons arbitres sifflent sur un terrain, les autres sur la plage.»

Toujours à propos de cette scène, et des signes d’énervement qu’elle avait suscités chez l’entraîneur de l’équipe de Suisse: «Je n’ai pas supporté l’attitude théâtrale du joueur chilien. Et cette façon de réclamer un carton rouge pour l’adversaire.»

Comme pressenti, la Suisse a donc trouvé en face d’elle un adversaire dynamique. «De bons techniciens et des joueurs agiles, rapides, nous ont mis en difficulté. Les joueurs se sont battus mais n’ont pas été récompensés. Cela dit, il conviendra d’améliorer notre jeu, et surtout la qualité de nos passes. Elles ont été trop nombreuses à ne pas arriver à destination.»

Et maintenant? «Je reste bien sûr optimiste. Il faut accepter cette défaite, analyser ce match et repartir. Nous conservons de bonnes chances d’atteindre les 8es de finale, car nous sommes assez forts pour battre le Honduras. Il faudra s’en persuader dans les jours qui viennent.»

La théorie et les faits

Quant à Marcelo Bielsa, s’exprimant toujours avec des airs de savant un peu tourmenté, il a soigneusement évité de s’exprimer sur l’expulsion de
Behrami. «De là où j’étais assis, je n’ai rien vu, a-t-il assuré. Je ne peux donc pas commenter cet incident particulier.» Il s’est montré tout aussi prudent sur les chances de son équipe d’accéder au deuxième tour, dans un groupe il est vrai particulièrement serré. «J’espère que ces six points constituent une bonne base pour la qualification. Mais en foot, les théories qu’on peut faire sont rarement confirmées par les faits.»

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